Pratiques numériques : l’intelligence artificielle sort de la marge
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Parce qu’elle frappe à la porte des associations, l’intelligence artificielle (IA) a piqué la curiosité de France générosités qui a mené une vaste enquête auprès de 199 organisations d’intérêt général pour examiner leurs usages en la matière. Cette étude est structurée en deux volets complémentaires. Le premier, présenté ici, porte sur les usages collectifs et individuels de l’IA dans le domaine des associations et fondations, tandis que le second – qui sera restitué en octobre prochain – approfondira les dimensions éthiques, de contrôle et de transparence.
Une discrète révolution
Ce que l’étude commence par mettre en avant, c’est l’usage quasi-généralisé de l’IA, quels que soient la taille des organisations et le niveau hiérarchique des 375 personnes interrogées. 86 % d’entre elles déclarent en effet déjà utiliser l’IA pour leurs missions.
Une acculturation professionnelle en marche
Aux dires de 63 % des répondants, leur organisation ferait preuve d’une démarche proactive sur l’usage de l’IA, en étant soit en phase de déploiement effectif, de réflexion ou de tests. Tandis que 37 % disent appartenir à des organisations passives ou réfractaires – parmi lesquelles 2,9 % y seraient franchement opposées. Dans cette dernière catégorie, la difficulté à comprendre ou à implémenter les outils d’IA arrive en tête des causes (58 %), suivie par le manque d’acculturation de la gouvernance (53 %). Le manque de ressources – financières ou humaines – n’arrive qu’en cinquième position.
Taille des organisations. La taille de la structure joue un rôle dans cette dynamique, mais de façon moins déterminante qu’imaginé. Tant pour les organisations de petite taille que pour les structures plus importantes, une posture attentiste est observée.
L’étude met également en exergue une donnée intéressante : plus on monte dans la hiérarchie, plus les répondants indiquent que l’organisation est avancée sur ce sujet. Ce décalage entre la perception des dirigeants et celle des équipes opérationnelles constitue donc un point de vigilance sur la réalité du déploiement.
Financements. Pour les organisations qui ont engagé une démarche, 42 % des répondants déclarent qu’ils utilisent l’IA à moyens constants, soit parce qu’ils utilisent les versions gratuites, soit parce qu’ils sont intégrés dans des abonnements existants, soit parce que les coûts ne sont tout simplement pas tracés. Et lorsque c’est financé, ce sont les fonds propres qui en assurent principalement le financement.
Perception. Globalement, les retours d’expérience sont plutôt positifs. L’utilisation de l’IA permet avant toute chose d’améliorer le reporting interne et l’organisation. Tandis que les bénéfices sont plus difficiles à percevoir sur des besoins ciblés, propres à certains métiers. En effet, de nombreux répondants ont peiné à se positionner, « ce qui pourrait indiquer une difficulté à évaluer des outils très spécialisés par un public non-expert », mentionne l’étude.
Le seul impact négatif qui ressort est celui de la gouvernance des données (protection des données, RGPD, etc.). Là encore, le niveau de perception change selon où l’on se trouve sur l’échelle hiérarchique.
Des usages individuels plus inavoués
Comme le démontrent les réponses, des tensions existent entre les pratiques individuelles et les cadres organisationnels. Certes, très nombreux sont celles et ceux qui utilisent l’IA dans le cadre de leurs missions, mais seulement 39 % l’utilisent dans un cadre collectif, structuré par leur service ou leur organisation. Les 47 % – souvent des opérationnels – utilisent l’IA hors de tout cadre défini par leur organisation. D’après France générosités, ces résultats s’expliquent en grande partie par l’absence de stratégie proactive et par la complexité de mise en place du cadre interne.
Missions concernées
Les usages rédactionnels dominent nettement (88 %), suivis par la veille et la recherche d’informations (69 %). Les usages plus avancés – comme le pilotage des résultats ou la collecte – sont nettement moins fréquents et ne concernent que 21 % des utilisateurs.
Un accompagnement structuré de la projection à la pratique semble donc devenir un incontournable.
Noélie Coudurier