Philanthropie : la valeur européenne de la générosité
Quelle place occupe la philanthropie dans les sociétés européennes ? Une vaste étude a été publiée par l’European Research Network on Philanthropy (ERNOP) pour répondre à cette question, mobilisant près de 50 chercheurs et couvrant 20 pays. Cette coopération inédite fournit des éléments de mesure détaillés, mais révèle également des disparités en matière de données disponibles dans les pays observés.
L’étude évalue la valeur générée par la philanthropie à un total de 104,5 milliards d’euros dans les 20 pays concernés en 2022, avec la répartition suivante :
– 52 milliards d’euros pour les dons des particuliers ;
– 21,5 milliards d’euros pour les dons des entreprises ;
– 20,6 milliards d’euros pour les dons des fondations ;
– 8,4 milliards d’euros pour les libéralités ;
– 1,9 milliard d’euros pour les loteries caritatives.
Ces chiffres correspondent à l’hypothèse la plus basse, les données relatives aux libéralités n’étant pas disponibles dans de nombreux pays et celles relatives aux dons des entreprises étant également indisponibles dans cinq d’entre eux. L’étude propose une analyse détaillée par pays et fournit des explications sur les données utilisées au cas par cas.
Par ailleurs, le cas des loteries caritatives est particulier. La réglementation des pays observés diffère en la matière et ce type de manifestation n’est pas autorisé dans certains pays. Pourtant, elles parviennent par endroits à recueillir des montants non négligeables : 576 millions d’euros aux Pays-Bas, 495 millions d’euros au Royaume-Uni, ou encore 411 millions d’euros en Allemagne.
Où se situe la France dans le classement des pays étudiés ? Les données apportées à l’étude par France générosités la placent en troisième position du montant total de la valeur philanthropique avec près de 11 milliards d’euros de générosités, (loin) derrière l’Allemagne (30 milliards d’euros) et le Royaume-Uni (25,8 milliards d’euros). En matière de dons des particuliers, les 4 milliards d’euros récoltés par la France sont dépassés encore une fois par le Royaume-Uni (14,8 milliards d’euros) et l’Allemagne (13,8 milliards d’euros), mais aussi par l’Italie (7,4 milliards d’euros).
Dans sa conclusion, l’étude souligne l’importance de la disponibilité et de la qualité des données. En ce sens, les disparités en matière de statistiques publiques, de traçabilité financière et d’harmonisation des sources disponibles représentent un obstacle tant pour la recherche que pour la définition des politiques publiques en matière de philanthropie. Les éléments compilés par cette étude fournissent de nombreuses pistes de bonnes pratiques pour équilibrer le traitement du sujet.
Thomas Giraud