Economie sociale et solidaire : des chiffres et des spectres
« Si l’économie sociale et solidaire (ESS) française était un pays, son PIB la situerait dans l’Union européenne entre le Portugal et l’Autriche. Et encore, nous savons combien le PIB peine à capturer l’intégralité de la valeur sociale générée par l’ESS. » C’est en ces termes que s’ouvre la nouvelle édition du panorama de l’ESS publié par l’Observatoire national de l’ESS.
Les travaux réguliers de l’Observatoire rappellent que la vie économique ne se résume pas à une quête incessante de lucrativité. Ce nouvel exposé de la place occupée par les associations, fondations, coopératives, mutuelles, mais aussi par l’entrepreneuriat social permet de rendre compte de leur importance dans la vie du pays, mais aussi de leur rôle charnière dans les transitions socio-économiques qui s’annoncent.
Le poids des statistiques
En France, l’ESS compte 204 137 établissements employeurs, qui salarient 2,68 millions de personnes, soit 13 % de l’emploi du pays. Les associations représentent à elles seules 2,1 millions d’emplois et 124 milliards d’euros de budget cumulé. Même si la majorité des 1,37 million de structures associatives ne sont pas employeuses, elles peuvent compter sur la mobilisation de 22 millions de bénévoles et sur une dynamique qui fait naître 70 000 nouvelles associations par an.
Les fondations employeuses sont au nombre de 2 555 pour 126 749 emplois et 17 milliards d’euros engagés pour l’intérêt général.
Le financement public de ces structures continue d’alimenter des débats nourris par des chiffres illusoires ou des estimations de mauvaise foi. Le rapport rappelle que la Cour des comptes a estimé que 4 % seulement des structures de l’ESS sont soutenues financièrement par l’État et que la part des subventions publiques dans les budgets associatifs se limite à 20 %.
Le choc des enjeux à venir
Si les spectres du changement climatique, de l’incertitude économico-politique et du vieillissement démographique planent sur l’ensemble de la société, les structures de l’ESS jouent déjà des rôles majeurs dans les réponses apportées à ces enjeux. En témoigne leur présence importante dans des secteurs d’activité qui organisent la transition écologique et énergétique, qui agissent pour une alimentation durable, qui accompagnent les personnes âgées et handicapées, qui luttent contre la précarité, qui favorisent le lien social par le sport et la culture, qui facilitent l’accès au soin et au logement dans tous les territoires, qui construisent une économie circulaire, qui définissent des mobilités décarbonées et, bien sûr, qui créent des emplois exercés au sein de structures au fonctionnement démocratique.
Toutefois, si ces activités sont décisives pour bâtir un futur soutenable, elles restent fragiles financièrement et doivent elles aussi répondre « au défi du renouvellement générationnel » : 21,2 % des salariés de l’ESS ont plus de 55 ans.